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Ce qui handicape les marchés financiers

Tout d’abord, la situation des marchés.
La semaine du lundi 12 a été corrective. En effet, vendredi 16, quelques heures avant la fin de cotation, les marchés financiers ont subi un violent décrochage d’une rapidité que l’on n’avait pas vue depuis les pires moments de la crise. Le CAC40 a perdu 1,94% pour revenir vers 3966 points sur un volume (sur les valeurs de l'indice) conséquent de plus de 5 milliards d'euros. Les raisons : en début d'après-midi de ce vendredi, les opérateurs apprennent la hausse des inscriptions hebdomadaires nouvelles au chômage - première déconvenue -, la baisse du moral des ménages lesquels sont au coeur de la reprise économique et le coup de grâce, l'annonce d'une enquête de la SEC (gendarme des marchés US) pour fraude à l'encontre de Goldman Sachs sur des produits "Subprimes", tiens donc... Notons que Goldman Sachs est la plus influente sur la place de New York et l'une des plus influentes du monde. Une partie significative des ordres électroniques proviennent de la banque, son influence sur les évolutions court terme des marchés est incontestable.
En début de semaine, L'affaire Goldman Sachs était évidemment dans tous les esprits car, au-delà de cette enquête engagée par la SEC, c'est le spectre d'un durcissement de certaines règlementations qui revient en force. Malgré l'accélération de l'indice des indicateurs avancés du Conference Board, supérieur aux attentes (1,4% contre 1,1% attendu), pourtant très suivi puisqu'il est censé préfigurer l'évolution de l'économie américaine sur les mois à venir, les opérateurs européens sont restés sur un sentiment palpable de prudence. A cet instant, Les marchés ont néanmoins réussi à maîtriser les pertes au vu des résultats de vendredi.
De l'apaisement sur le dossier Goldman Sachs, c'est ce qui ressortira des places financières en ce début de semaine. Toutefois, cette tentative de prise de hauteur soutenue par des publications trimestrielles encourageantes sera vaine, les marchés confirmeront leurs phases correctives. En effet, même si les résultats vont dans le sens d'une amélioration des conditions économiques à l'image de l'indice Zew du sentiment économique Allemand, première économie européenne, qui fait un bond à 53 contre 45,1 attendu, les dettes souveraines pèsent sur les marchés financiers de ce côté de l'atlantique. On notera par exemple la dangereuse hausse du rendement des emprunts à 10 ans de la Grèce, il a dépassé les 8% ! Outre-atlantique, malgré des résultats encourageants, les marchés sont secoués par les secteurs financier et pharmaceutique sur fond de régulation financière, à l'image de Gilead Sciences qui recule de 9,56% mercredi après avoir prévenu que ses résultats financiers seraient affectés par la réforme du système de santé. On pourra également noter, dans le même secteur, les replis de Abbott Laboratories (-2,41%), Merck (-3,66%), UnitedHealth (-2,32%) ou bien encore Pfizer, Aetna, Cigna, etc. tous dans la même proportion.
La fin de semaine sera plus favorable aux marchés financiers qui retrouveront un peu de sérénité grâce à la demande officielle de la Grèce vendredi de l’activation du mécanisme de soutien de l'Union Européenne et du FMI et de données macro-économiques dynamiques comme la hausse de la conjoncture industrielle française, les dépenses vigoureuses de consommation des ménages français, l’amélioration du climat des affaires en Allemagne, la progression des ventes de détail au Royaume Uni, l'augmentation - plus forte que prévu - de l'indice PMI de l'industrie manufacturière de la zone euro, la baisse des inscriptions au chômage US ou la poussée des ventes de logements US anciens et neufs avec une hausse historique de 26,9% en mars. J’ajoute que les publications des poids lourds de l'économie qui ont dévoilé des résultats solides ont également contribué au soutien des marchés, à l'image de Starbucks qui fait un bond de 7,33% à la clôture jeudi, SanDisk, fabricant de mémoires, qui s'envole de 12,32%, American Express qui annonce avoir plus que doublé son CA, amazon.com dont le CA progresse de 68% ! ou Microsoft qui augmente ses profits de 35%.

Ce qui handicape les marchés financiers

Après une légère accélération mi-mars, le marché parisien se stabilise autour des 4050 points sans arriver à surmonter franchement ses sommets du début d’année. Alors, qu’est-ce qui handicape la place parisienne ?
Petite rétrospective, l’histoire nous montre qu’après de lourdes dépressions les marchés s’apprécient par la suite d’approximativement 80% (en dollar) pour ensuite évoluer en dents-de-scie sur une période plus ou moins prolongée. Or, les actions internationales ont enregistré des gains de l’ordre de 12% depuis leur plus bas en février et d’approximativement 78% (en dollar) depuis les plus bas de mars 2009. La plupart des analystes et Brokers continuent de « surpondérer », entendez « favoriser », les marchés actions car, s’ils sont proches des points hauts les récentes - solides - publications des entreprises suggèrent la poursuite de la hausse, à court terme.
Néanmoins, les marchés souffrent de certaines sources d’appréhensions :
o malgré la progression des CA et des résultats - souvent meilleurs que prévu - les indices internationaux ne progressent que ponctuellement et sur des valeurs relativement ciblées. Les marchés ont peut-être déjà intégré les hausses dans les cours,
o les indicateurs économiques avancés ont récemment dépassé leurs plus hauts respectifs,
o les contextes pesants des dettes souveraines et les secousses du secteur financier sur fond de régulation financière,
o les signes de resserrement monétaire dans les pays émergents, processus qui pourrait induire un réalignement des devises.
Sur ce dernier point, on pourrait souligner les risques de surchauffe en Asie. La Banque Asiatique de Développement (BAD) qui prend très au sérieux ces risques a récemment revu en hausse ses prévisions 2010 pour la zone (hors Japon) à 7,5% contre 6,4% prévus en septembre 2009. Rappelons qu’en 2009, la zone qui regroupe 45 pays avait publié une croissance de 5,2%, ce qui représente une progression de plus de 44% d’une année à l’autre ! Aussi la BAD appelle-t-elle les pays asiatiques à se coordonner pour mettre un terme à leurs politiques monétaires trop accommodantes, sans quoi la poursuite de l’afflux en masse de capitaux accentuerait l’inflation des prix à la consommation et d’autres actifs comme l’immobilier.
La Chine, principal moteur de la zone, prévoit une croissance de 9,6% du PIB en 2010. Notons qu’elle vient de publier un PIB de 11,9% au premier trimestre. Le second s’annonce également très chaud si l’on en croit JP Morgan AM qui signale une croissance du PIB réel de l’ordre de 13% au second trimestre après prise en compte de nouvelles mesures de resserrement monétaire. En outre, les prix immobiliers ont progressé de 11,7% sur le mois de mars et les réserves de change ont également fait un bond le mois dernier.
Ainsi sur l’hypothèse d’une croissance optimiste sur l’année de 10% (émise par le consensus Blomberg), la Chine devra réduire sa croissance à 7,5% au second semestre. Cela ressemble étrangement à l’éclatement d’une bulle… Le défi semble à l’image de la taille du pays : très grand.
Les marchés internationaux pourraient être mis à rude épreuve les mois à venir.

 

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